Cabadzi nous présente « Burrhus »

Par 17/03/2021

À l’occasion de la sortie du nouvel album de Cabadzi, intitulé « Burrhus », Lulu a répondu à nos questions et nous a emmenés à la découverte de cet opus qui tourne autour de la place de l’individu face aux réseaux sociaux. Rencontre.

Si l’album s’appelle Burrhus, c’est notamment lié au comportementaliste américain, Burrhus Frederic Skinner. Il nous explique : « On avait trois, quatre titres qui étaient terminés et on était sûrs qu’ils allaient être dans un album. On s’est aperçus que tous les titres parlaient de la place qu’on a nous, individus, en 2021, au milieu de ce bazar numérique que sont les réseaux sociaux. Je me suis rendu compte que je n’écrivais que là-dessus, sans m’en apercevoir. Pile à ce moment-là, on tombe sur un bouquin de Bruno Patino qui s’appelle « La civilisation du poisson rouge ». Il décrit comment les gens dans la Silicon Valley conçoivent les applis pour qu’on y passe le plus de temps possible. Il parle de ce qui est à la base du design des applis d’aujourd’hui et c’est les travaux d’un gars qui s’appelle Burrhus Frederic Skinner et qui était un comportementaliste américain, qui bossait à la base sur l’éducation et qui cherchait à comprendre comment on pouvait éduquer de la meilleure des manières les enfants. Il a mis en place un théorème, une théorie via un outil qui s’appelle la boîte de Skinner autour de la récompense aléatoire. Il a mis dans une boîte des rats et des pigeons qui pour manger doivent appuyer sur un levier. Au début, ils appuient sur le levier, ils ont une croquette, tout se passe bien. Et là, il introduit un petit biais et à partir de ce moment-là, à chaque fois qu’ils appuient parfois ils ont à manger, parfois non et il s’aperçoit que cela les rend dingues. Et c’est exactement ce qui se passe avec les applis avec les mécaniques du like, du partage, du commentaire et c’est ce qui rend accro et qui fait qu’on passe beaucoup de temps sur ces applis ». Une théorie qui est reprise dans dans deux titres du disque, intitulés « Les Pigeons de Skinner » part 1 et 2 : « Même si cette thématique est un peu tirée comme un fil rouge sur la musique de l’album, on parle pas de manière frontale des réseaux dans chaque morceau. Ce qu’on raconte, c’est plutôt la place d’un individu, aujourd’hui, en 2021 ». Un travail presque journalistique, sans être engagé ou militant : « Ce qui est important à chaque fois que j’écris un morceau, c’est que les gens qui l’écoute comprennent le texte et qu’il leur évoque des images ou une situation de leur vie. On est passionnés par les sciences humaines et ça, ça fait vraiment partie de notre ADN ».

Ce nouvel album a été composé en un an et demi, avec un travail permanent sous forme de notes qui permet ensuite d’écrire les chansons. Si Lulu s’occupe de l’écriture, Vikto quand à lui, travaille sur la partie composition. Dès qu’une instru parle aux deux artistes, le projet peut commencer, avec un 16 mesures : « On a des centaines de morceaux où il y a 16 mesures et ça n’a jamais rien donné après. On les garde dans nos disques durs c’est des bouts qui durent 20 secondes. Et souvent, on va travailler ça et puis ce bout qui dure 20-30 secondes peut devenir un morceau s’il nous plaît vraiment. On travaille toujours de cette manière-là ». Certains titres ont cependant mis plus de temps que d’autres à voir le jour, comme « Puzzle » et « Voudrait » qui ont été beaucoup refaits : « C’est les deux morceaux qu’on a remaniés pas mal à chaque fois, qu’on a raccourci ou rallongé ». Des titres qui nous ont interpellés quand nous avons regardé le tracklisting de l’album, où les morceaux sont nommés par le nom qu’ils donnent généralement au fichier : « C’est la manière dont nous on les appelle quand on les travaille. On aime bien ça, on aime même pas les titres à rallonge ».

Parmi les morceaux qui nous ont marqués, « Athazagoraphobe » : « C’est la peur d’être oublié des autres et on l’a tous quand on est enfant, c’est un syndrome psychologique dont on est tous victime. C’est un syndrome qui est super utilisé par les réseaux sociaux parce qu’à chaque fois qu’on publie quelque chose, on le publie pour que l’autre se souvienne de nous, pour que l’autre voit qu’on existe et ne nous oublie pas. On a failli l’appeler le disque comme ça ». Ce morceau, par sa couleur sonore nous a également fait penser à de l’afro-trap : « On aime la musique. On écoute surtout du hip-hop, évidemment, mais on écoute quand même beaucoup de musiques différentes tout le temps. On aime beaucoup le hip-hop sud-africain et c’est une rythmique qu’on peut vraiment retrouver dans ce genre. On peut écouter un MHD et après écouter un DJ Snake… Il y a tellement de richesses musicales en 2021 que je pense qu’il y a des bons trucs dans tous les styles ».

Un vrai travail artistique a été fait autour de l’aspect visuel de l’album, que ce soit au niveau de la cover ou des clips : « On fait un clip qui s’appelle Mélanco, où, justement, on est dans une sorte de société dystopique où on s’aperçoit que les gens peuvent avoir des vrais faux masques dans la réalité pour leur redonner une expression soit joyeuse, soit triste. On avait envie de le mettre sur la cover : les réseaux sociaux c’est ça, c’est l’art du filtre. Du coup c’était important nous qu’il n’y ait pas nos vrais visages mais qu’il y ait cette sorte de filtre ». Passionnés de séries et de cinéma, le duo, qui travaille avec une troisième personne qui les accompagne sur l’aspect créatif adore se renouveler et créer de nouvelles histoires. Pour cet album, trois clips sont déjà sortis – qui fonctionnent tous les uns avec les autres. Le quatrième est actuellement en post-production et un cinquième devrait également sortir un peu plus tard.

Autour de cet album, un concept de marque a également été créé avec le « Ü » comme un petit bonhomme souriant sur du merchandising : « On va en ressortir d’autres mais oui, l’idée c’était de créer une vraie fausse marque à la manière d’un Apple ou Google et puis, après de tirer le fil de tous les objets qu’on pourrait sortir de là. On a sorti que des t-shirt et des hoodies mais on va sortir d’autres trucs petit à petit ». Si pour l’instant c’est un petit peu compliqué pour envisager la présentation de l’album sur scène, le duo a néanmoins quelques idées, avec notamment pas mal d’écrans et de vidéos.

Une affaire à suivre dans les prochains mois. En attendant, vous pouvez découvrir notre clip préféré de Cabadzi, Mélanco, ci-dessous et vous rendre sur leur shop en ligne pour acheter l’album et le merchandising associé par ici.

 

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