À la découverte de Lubiana

Par 18/10/2021

Son premier album, « Beloved », est sorti il y a un mois. Jeune artiste belgo-camerounaise et l’une des rares femmes à jour de la kora, un instrument à cordes originaire d’Afrique, Lubiana est venue nous raconter son parcours, nous a parlé de cet instrument qui intrigue et bien sûr, s’est confiée sur son album. 

Une détermination sans failles 

Il aura fallu 10 ans pour que son premier album voit le jour. Après un passage à The Voice Belgique lorsqu’elle avait 17 ans, puis des études de musique, Lubiana a choisi de partir à Los Angeles pour poursuivre son rêve de devenir chanteuse : « C’est presque plus qu’un voyage puisque je m’y suis installée et ça a été énorme pour moi parce que j’ai quitté tous mes repères, je me suis retrouvée seule et j’y allais vraiment avec comme seule envie de partager ma musique. J’ai joué tous les soirs dans des open mic, et j’ai fait le tour de Los Angeles comme ça, avec mon instrument, ma kora sur le dos. Je pense que, pour la première fois de ma vie, j’ai été fière de moi. Je suis partie seule, j’ai donné des cours de chant à cette période un peu avant pour pouvoir économiser et puis j’ai tout organisé toute seule. En fait, j’avais juste une chambre et puis, tout le reste, ça été des rencontres d’open mic en open mic. J’ai fait énormément de rencontres et je pense que j’ai fait la plus belle rencontre de ma vie, la rencontre avec moi-même, parce qu’en étant seule, sans personne, je n’ai pas d’autre choix que d’apprendre à me connaître, apprendre à m’aimer et j’ai vécu des moments tellement intenses… Je pense que ce voyage, il a changé ma vie » nous confie-t-elle. Elle nous raconte son premier open mic aux Etats-Unis : « Je n’avais pas les moyens de prendre un Uber donc j’ai pris les transports. À Los Angeles, tout le monde a une voiture et les personnes qui prennent le bus, c’est les personnes très pauvres, les personnes qui ont aussi des problèmes de mobilité ou soit psychiatriques ou psychologiques. Je me retrouve dans des bus où on me touche les cheveux où il y a des gens avec des peignoirs du Roi Lion qui viennent avec des baffes et qui mettent la musique à fond… Mais tu parles avec tellement de gens de culture, de mixité, de vies différentes… Et j’arrive à cette date et je vois qu’il faut que je paye 20 dollars pour écrire mon nom. Je n’ai pas prévu ça dans mes calculs budgétaires mais je paie et puis je joue. Il y a des larsens le son il part… Et puis, en fait, quelques personnes font des retours de fous. Ils me disent ok maintenant, on veut que tu reviennes, mais pour des vrais concerts. Et donc, à ce moment-là, petit à petit, je ne payais plus, je faisais des vrais concerts, des vrais showcases, je me suis faite repérer aussi là-bas par un très gros producteur. Donc très vite, en fait, j’ai commencé à être vraiment de plus en plus implémentée dans le milieu. C’était très chouette ».

© Nicolas Wagner

Un style et un instrument unique

La chanteuse nous a parlé un peu plus en détails de son instrument assez unique, la kora : « Mon instrument, la kora, c’est une harpe africaine qui est faite d’un fruit qui s’appelle la calebasse coupée en deux et les cordes c’est des cordes de pêche. C’est un instrument qui est réservé aux hommes et qui est joué par ces hommes qui sont des conteurs et des magiciens. En fait, la kora sert de transmission. En Afrique, l’histoire n’est pas écrite comme rien n’est écrit d’ailleurs, ni la musique, ni rien. Et donc, en fait, ces musiciens chantent avec la kora et racontent les épopées, les victoires, l’histoire de leur peuple. Et c’est une transmission qui se fait de bouche à oreille en fait, de kora à cœur, on va dire depuis des siècles maintenant. Et puis moi, j’ai découvert la kora il y a maintenant six ans, au travers d’un rêve. Je n’avais jamais vu la kora avant, mais j’étais à deux doigts d’arrêter la musique parce que j’ai un parcours académique très compliqué. On me faisait comprendre que je n’avais pas ma place et donc j’ai demandé un signe de la vie et j’ai commencé à faire cette vision pendant pendant des semaines, de moi en train de jouer une sorte de harpe. Je ne l’avais jamais vu avant ». C’est lors d’un voyage à Majorque en Espagne avec sa maman (où elle souhaitait lui expliquer pourquoi elle voulait arrêter ses études de musique) que Lubiana entend un instrument qui l’interpelle : « C’était comme un coup de foudre, ça m’a cloué sur place. J’ai découvert un instrument à la fois qui n’a pas de partitions, qui se lit pas, qu’on ne vend pas en magasin, qui se trouve nulle part, qui n’a jamais été joué en Europe dans la pop. En fait, tout pouvait me faire reculer et en même temps, ça venait tellement d’un besoin vital que je suis passée au-delà de tout ça. Et c’est vraiment le message de ma musique et de mon album, c’est de croire en ses rêves, de croire en sa voix intérieure, de suivre sa voie » ajoute-t-elle. 

© Mélie Hirzt

La théorie des 10 000 heures

Nous avons conclu cet entretien en évoquant la composition des morceaux, et notamment le fait qu’elle ait plus de 150 titres en stock à force d’écrire : « J’écris tout le temps parce que j’avais entendu une interview d’Ed Sheeran qui parlait de ça et il y a une théorie sur les 10 000 heures : quand tu fait d’un instrument ou d’une discipline, peu importe après 10 000 heures, tu commences à vraiment exceller dans ce que tu fais. Et il parlait du fait que la musique, la composition, c’est comme un robinet. Il n’a jamais été utilisé au début, il éjecte que de la crasse. Et petit à petit, à force de sortir l’eau devient de plus en plus claire. Ensuite, il y a un peu de saleté, mais majoritairement, c’est limpide. C’est comme un muscle : au plus tu fais, au plus tu sors les choses et au plus tu les sors au plus ça vient, et tu arrives de plus en plus à aller à l’essence de ce que tu veux faire. Je pense que c’est comme tout. C’est sûr que pendant le confinement, c’était important pour moi de garder une discipline, de garder une sorte de rythme en fait de composition »

Si l’album s’appelle « Beloved », c’est aussi lié à la signification de son prénom en anglais : « Quand je dis Be Loved, j’entends soit amour. Et je pense que pendant toutes ces années à me chercher, à espérer tout le temps être aimée, être validée, recevoir… Je me suis rendue compte qu’il fallait d’abord que j’apprenne à m’aimer et surtout qu’en fait, le vrai bonheur, c’est de donner, c’est de donner à l’autre, c’est d’être amour et de le partager ». Un partage qu’elle fait dans une série de podcast du même nom, à retrouver sur les plateformes en ligne.

L’album, qui vous invite au voyage, est disponible en boutique et sur toutes les plateformes en ligne. Un concert est programmé pour 2022, le 9 février au Café de la danse à Paris, une date à ne pas manquer ! Et vous pouvez découvrir la chanteuse avec son titre « Take Me To Zion » sur Hotmixradio New. 

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