NOLWENN LEROY


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BIOGRAPHIE

Les Anglo-Saxons nomment cela hiatus ; les Français, plus intransigeants, « traversée du désert ». Fallait-il ou ne fallait-il pas s'inquiéter de l'excès de discrétion de Nolwenn Leroy depuis près de deux ans ? A l'écoute de son nouvel album à paraître le 7 décembre, Le Cheshire Cat et moi, et du premier titre qui en a été extrait, Faut-il, faut-il pas ?, la réponse s'impose : non. De retour d'un étonnant et audacieux voyage exploratoire, Nolwenn, avec imagination et à raison, avec la curiosité amusée et inquiète d’une certaine Alice chue dans un terrier psychédélico-kaléidoscopique, avec plume fantasque et voix fantasme, signe une révolution artistique bien sentie.
Après un premier album dans la droite lignée pop de son extraction staracadémique (une étiquette dont elle s’apprête à définitivement se défaire avec Le Cheshire Cat et moi), puis ses Histoires Naturelles imaginées avec Laurent Voulzy, l'élégante artiste a manifestement éprouvé le besoin de se ressourcer au-delà de la nature, pour aller pêcher, chasser, débusquer et apprivoiser la matière précieuse de son troisième album studio, inventif, acoustique, tendre, planant. Une légèreté musicale dont augure effectivement le savoureux premier single, Faut-il, faut-il pas ?, amené depuis ce Pays des Merveilles où le temps n’a pas cours par des sifflotements, claquements de doigts et percussions guillerets et folk. Autant d’insouciances sonores qui reviennent en une ritournelle désinvolte, à l'image des motifs de cette ode à l'indécision contenant un clin d'oeil au mythe nietzschéen de l'éternel retour : "Entre glaise et firmament, je suis un élastique/Qui s'étire, se tend, j'suis pas à mon aise/Tout est dilemme et tout est malaise (...) Je suis balance, Faut-il, faut-il pas/Y a belle lurette que j'ai décidé de rien décider".
"Entre mélo et comédie", en somme... Soit une comédie dramatique, une bande-son suggestive et onirique, qui sonne comme une réponse à l’insatisfaction initiale d’Alice – A quoi bon des histoires « sans images, sans dialogues » ? En écho aux motifs de quête initiatique de l’univers lewis-carrollien qui la fascine et l’a happée, Nolwenn Leroy semble avoir enfin trouvé son identité... en même temps que son pays imaginaire. Symboles de son nouveau terrain de jeu fantaisiste, les visuels composés par son ami le peintre Thomas Jacquet : outre celui qui sert de pochette à l'album, portraiturant une Nolwenn/Alice pimentée d'un zest de Tim Burton et de Ma Sorcière bien-aimée, les artworks du livret, du même tonneau (enfin... : du même pinceau), investissent cet eldorado musical.
Du côté de la partition, elle aussi emblématique du dépaysement à l’oeuvre, tout est fait pour préserver l'équilibre ouaté du tout : une guitare rythmique qui donne le tempo et le pattern simple d'une chansonnette sautillante, des cordes qui viennent lécher le rivage de la voix de Nolwenn comme le ressac léger d'un littoral, des choeurs rares et fantasmatiques, un piano qui n'égrène sa partie qu'à la sourdine... Faut-il encore souligner le travail vocal saisissant de l'intéressée ? Evidemment, tant les éclats de voix sublimes qui ont fait sa notoriété cèdent ici la place à une belle et inédite expressivité, allant du susurré et du joué malicieux à des parties plus denses, tout en nuances avec un joli travail d'air, entre la tenue et la fêlure - folie légère. En clair, Faut-il, faut-il pas ? n'est que la partie émergée de l'iceberg, celle qui dépasse du terrier féérique. Plus concrètement, ce premier titre, sans doute le plus pop de tout le tracklisting de l’album, fait office de palier de décompression pour entrer dans cet opus audacieusement chiqué, qu'on classera avec délectation dans la catégorie onirique... "folk symphonique". Une dimension rêvée, fantasque et fantasmée, qui transparaît déjà dans les titres des chansons, toutes (très bien) écrites par Nolwenn. De l'intrigant Chat du Cheshire qui nous accueille à l'exit music précieuse de Safe and sound, en passant par le délicatement cabochard Mademoiselle de la gamelle, l'hédoniste Feel Good, le cajoleur Parfaitement insaisissable, l'halluciné Textile schizophrène ou encore ce duo qu'elle avait déjà éprouvé sur scène avec Teitur, tout concourt de l'ineffable harmonie d'un album tendrement dessiné... La « Carte de Tendre » de Nolwenn, aussi douce que la Reine de Coeur de Lewis Carroll est cruelle.
La finesse cajoleuse des arrangements ne manque pas non plus d'étonner, mais un coup d'oeil en direction des artisans de cet album élaboré entre Los Angeles, la Scandinavie (Malmö) et Paris, apporte un éclairage... Teitur, justement, y a sa part de "responsabilités" : la rencontre du jeune mage scandinave aura été décisive. Nolwenn se remémore avec plaisir ce moment où, après avoir assisté à un concert du Féroen à la Maroquinerie, elle lui avait remis un CD de ses oeuvres avec le désir de collaborer un jour. Deux ans d'une amitié sincère qui s'est nouée après, c'est chose faite. Elu en 2007 et 2009 Meilleur artiste masculin aux Danish Music Awards, déjà bien connu des amateurs de son chiqué, depuis la parution de son élégant Poetry & Aeroplanes et au gré des scènes qu'il a régulièrement partagées avec... Radiohead, Aimee Mann, Rufus Wainwright entre autres, Teitur, Chapelier fou des arrangements et virtuose de l’harmonie, offre à la "nouvelle voix/e" de Nolwenn un écrin tout simplement exquis. Les volutes de la harpe de Ruth Wall (harpiste émérite, entre autres, des rois british du trip-hop, Goldfrapp), les nappes et les volées de cordes (avec la complicité de l'arrangeur de cordes de Björk et d'Antony and the Johnsons), l'apport d'un ancien claviériste des Raveonettes, l'instrumentation "exotique" (à l'image de la présence rayonnante de cors sur deux morceaux) : le raffinement est partout, puisque le tact y est aussi. Une atmosphère de spleen nordique baigné d'un soleil glacé à l'effet d'une chaude tendresse, d’une ode-caresse.
Le Cheshire Cat et moi est une révolution qui n'est possible que par le biais d'une révélation, celle qu'a eue Nolwenn Leroy, laquelle utilise sa voix comme jamais auparavant et a utilisé un vieux micro ruban lors des enregistrements (côté vintage, à noter également la présence d'une batterie Ringo qui fait le délice des équipes techniques). Malicieuse et charnelle, elle laisse sa voix jouer sur l'air, frotter par instants, subir des cassures, connaître des attaques ou des finales imparfaites : et c'est cela qui est délicieux. La chair précieuse du texte en sort magnifiée, et "l'âme vocale" de Nolwenn apparaît comme jamais, rejoignant l'art d'interprètes telles qu'Aimee Mann, Suzanne Vega, Sia Furler... Présente à Paris lors de l’ultime étape de la réalisation de cet album né à Los Angeles et « élevé » en Suède, Nolwenn Leroy était bien entourée, épaulée par la galerie bigarrée des personnages rencontrés au cours de ses pérégrinations.
Une armada artistique qui n'empêche pas... la peur de la principale intéressée, consciente de s'être mise en danger avec ce projet. Face à ces appréhensions, infondées après ce que nous avons vu et entendu, nous lui murmurons simplement l'adage tiré du Cid : "A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire". Et le Chat du Cheshire de s’éclipser une fois encore, ne laissant derrière lui, complice du nouveau « moi » de Nolwenn, que son sourire mystérieux et irrésistible.


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