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Biographie : Album « Let’s Go Sunshine »


Les clameurs des stades résonnent encore dans ses oreilles, un milliard d’écoutes en streaming cliquètent dans ses poches, mais Luke Pritchard secoue ses boucles emmêlées avec l’incrédulité du bienheureux, aussi stupéfait que n’importe qui d’autre de voir que 2018 est en train de devenir l’année de The Kooks.


« Au milieu de l’enregistrement de cet album, le groupe est redevenu important, » dit-il. « Je ne sais pas comment c’est arrivé. Nous faisions un album pour nous sauver nous-mêmes, et ça nous a donné confiance pour le terminer. Je ne me disais pas que justice m’était rendue ou un truc du genre ‘Je leur ai montré’, ça semblait simplement normal. Comme si quelque chose s’était passé. »


Que s’était-il passé ? Une nouvelle génération de jeunes fans de pop indé ayant grandi avec le streaming et dénués de tout cynisme ont découvert des classiques des Kooks comme « Naïve » – classé pendant dix ans dans le Top 200 de Spotify, et ça n’est pas fini – via des groupes comme The 1975, Blossoms et Catfish & The Bottlemen, et ont aimé le charme pop de leurs guitares ensoleillées. De nouveaux singles, comme « Be Who You Are » en 2017, ont amassé plus de 1,5 millions de vues par semaine, l’Alexandra Palace a été complet en quelques secondes, la compilation Best Of… So Far de l’année dernière a justifié sa propre tournée des stades anglais à guichets fermés. Soudain, sans demander la permission, le groupe était un phénomène pop moderne. Encore une fois.


« Le streaming a créé un terrain de jeu équitable, et nous n’en avions jamais eu auparavant, » explique Luke. « The Kooks n’étaient pas destinés à devenir énormes, on ne nous a jamais ouvert les portes en grand. Et nous en sommes arrivés à un point où nous avons un tout nouveau public, sans rien de cette négativité. Les gens pensent que ‘Naïve’ est une nouvelle chanson, elle vit. »


Cette seconde grande vague de succès, arrivée juste à temps pour sauver le groupe de sa crise existentielle de la maturité, témoigne du talent et de la ténacité de Luke, de son guitariste et bras-droit Hugh Harris, du bassiste Peter Denton et du batteur Alexis Nunez. « Ce n’est que progression, progression, progression, » dit Luke. « Il n’y a jamais eu un seul moment où nous avons baissé la tête, nous avons toujours continué à aller de l’avant. »


En luttant souvent contre un intense vent de face. Anciens étudiants de deux écoles d’arts de la scène et de musique, la BRIT School de Croydon et le BIMM de Brighton, The Kooks sont apparus en 2005 avec une flopée de hits classés dans le Top 20 (« You Don’t Love Me », « Naïve », « She Moves In Her Own Way ») et un premier album vendu à deux millions d‘exemplaires, Inside In/Inside Out, en 2006. Sensation presque instantanée – en 2008, le deuxième album, Konk, s’est classé numéro un au Royaume-Uni et a engendré le hit classé dans le Top 3, « Always Where I Need To Be » – le groupe a résisté au départ du bassiste d’origine Max Rafferty, à celui du batteur fondateur, Paul Garred, et au violent rejet par les médias de la pop à guitare des années 2000. Le tout avec une force, une détermination et une circonspection admirables. « Avec l’arrivée de l’humilité, nous avons fait de meilleurs disques parce que nous avons été remis à notre place, » réfléchit Luke. « Toutes ces fois où nous pensions ‘nous ne faisons pas partie du club’ nous ont poussé à dire ‘nous devons travailler un peu plus dur’. »


Et explorer plus avant. Consolidant leur position, celle de l’un des meilleurs groupes pop à guitares du Royaume-Uni,avec l’album de 2011 classé dans le Top Ten, Junk Of The Heart, The Kooks s’emploient alors à élargir leur horizon sonore. Sur Soundcloud, Luke tombe sur le producteur de hip-hop londonien Inflo, qu’il voit comme « un jeune Quincy Jones », et ensemble ils concoctent en 2014 le quatrième album, Listen, mélangeant les impeccables mélodies de The Kooks et des éléments de R&B, de jazz et de gospel. « L’intention était de faire un album nonpop,» dit Luke, « mais je suis un auteur pop, c’est tout simplement ce que je fais. On ne peut pas l’empêcher. Je pense que nous avons fait du bon boulot en ne nous éloignant pas trop de ce que nous sommes. C’était cool de flirter avec le R&B et la pop, d’essayer d’être Craig David. »


Et donc, Luke avait l’intention de continuer dans cette vois pour le cinquième album, en suivant l’impulsion électronique d’Inflo. Juste après la tournée Listen en 2015, Inflo et lui se sont mis au travail, écrivant et rassemblant des idées pendant quatre mois, tout ça pour voir le processus d’enregistrement capoter au cours de trois semaines stressantes à LA.


« Ça a été un désastre complet, » confesse Luke. « Peter s’est disputé avec Flo et a pris l’avion pour rentrer chez lui, je suis resté une journée de plus puis je suis parti. Tout tombait en morceaux, principalement parce que nous n’avions pas de chansons. Flo et moi étions vraiment liés, et je pensais que nous avions fait de la bonne musique ensemble. Nous avions donc commencé à retravailler ensemble, avec le groupe, et à un moment, nous avons tous eu une révélation. Nous avons tous dit, ‘ce n’est pas The Kooks’. J’ai fait, ‘vous savez quoi ? Je veux vraiment aller à contre-courant et faire un disque de groupe, je veux faire un disque de guitares’. Je voulais revenir à, ‘mes chansons sont-elles assez bonnes, les textes cool ?’ Idem pour l’alchimie avec les gars. »


Mettant à la poubelle presque un album entier de chansons « arty et cinématographiques », basées sur des beats, et remonté par sa phénoménale renaissance commerciale en tant que précurseur et pair stylistique de The 1975 et de Catfish, le groupe a fait un « break » pour sortir en 2017 son album Best Of… So Far et tourner dans la foulée, pour la première fois dans des stades, avant de se réunir pour redéfinir The Kooks de A à Z. « C’était du genre, ‘putain, c’est quoi The Kooks ? Quelle est notre raison d’être ?’, » dit Luke. Et qu’ont-ils décidé ? « En tant que songwriter, j’essaie d’être l’étape suivante par rapport à beaucoup de groupes britanniques. Je veux que ce soit The Kooks puis Blur, Oasis puis les Kinks – ça fait un peu tête de nœud de dire ça, mais c’est ce que nous visons. C’est ce que nous essayons de faire. C’est ce que je veux. Je me disais, ‘nous devons faire un putain de Definitely Maybe, nous devons faire un album britannique classique moderne’. »


Le temps était manifestement venu pour l’album définitif « de groupe » de The Kooks. Tombé par hasard sur le producteur de pop grunge Brandon Friesen, dans un barbecue (nous sommes tous manifestement invités aux mauvais barbecues), Luke a découvert un nouveau collaborateur, étonnamment sur la même longueur d’onde que lui. « Il était l’incarnation du producteur de groupes de rock, » dit Luke en riant, « du genre Jack Daniels et coke, ‘je veux faire un disque de AC/DC’. Mais il adorait la Britpop et il avait cette passion, donc ça a collé entre nous. »


Enregistrant pendant six mois, une semaine à la fois, dans le studio de Friesen, dans sa maison de la vallée de LA, entre les dates de la tournée Best Of…, et terminant par trois semaines aux studios Producer’s Workshop de LA, situé juste à côté du Musée de la Mort (« n’y allez pas, je n’ai jamais rien vu d’aussi taré de ma vie »), The Kooks, avec l’aide de leur co-auteur Chris Seefried, ont assemblé leur Rubber Soul à eux. « Nous voulions faire quelque chose qui ait beaucoup de cœur, » dit Luke. « J’avais une petite amie qui est partie avec quelqu’un d’autre pendant que j’étais en tournée en Amérique, ce qui n’était pas très sympa – ça a été brutal, j’étais donc un peu sur mes gardes. Puis j’ai rencontré cette super fille, j’ai écrit ces chansons, je voulais faire Rubber Soul, quelque chose de vraiment romantique qui aurait sa lace dans le répertoire britannique. »


Let’s Go Sunshine – aisément le meilleur disque de The Kooks depuis leur premier, si ce n’est de tous les temps – parle de cet instant, classique, où l’on tombe fou amoureux, et bien plus encore. Comme tous les grands albums britanniques, il n’est pas lié à un genre précis, mélangeant funk rétro, dreampop, glam épique, indie rock, country punk, ballades en chambre et d’autres choses encore, visant l’aventure plus que l’apaisement. Que leur comeback soit lancé par deux singles « No Pressure »/« All The Time » est une déclaration d’intention éclectique : un insouciant feu de Bengale indie-pop, couplé avec une somptueuse exhibition funk-disco. Et ce n’est qu’une petite partie de cette histoire qui ratisse large. Le rock de stade atmosphérique de « Believe » ne devrait pas figurer sur le même album qu’un chatoyant skiffle épique pour bar à whisky comme « Weight Of The World », l’emo « Pamela » ou « Swing Low », qui sonne comme si Ziggy Stardust s’invitait à une répétition du Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band et qu’ils gravaient le chef-d’œuvre de leur vie. Pourtant, tout ça forme un tout joyeusement espiègle. Résultat, Let’s Go Sunshine est émouvant, énergisant, euphorique et mélodiquement intemporel, mais aussi incisif dans son portrait d’une vie urbaine moderne.


Parce qu’il ne s’agit pas simplement de l’album le plus réussi et le plus varié de The Kooks ; il est aussi vaste dans les thèmes abordés et accrocheur qu’il est surprenant musicalement. Le cœur et l’âme du disque résident dans ces titres qui parlent d’innocence perdue, de deuil romantique et d’amour retrouvé. Des chansons qui voient Luke s’accrocher à une relation qui se délite (le torride funk-pop « All The Time », le pétillant hit instantané « Fractured And Dazed ») puis se perdre dans la folle « ambiance à la Bonnie and Clyde » d’une nouvelle histoire (« Initials For Gainsbourg », l’éblouissante dernière valse cinématographique « Picture Frame »). Des chansons qui couvrent le processus de la séparation et de la guérison ou, dans le cas de « Pamela », qui parlent de « tomber amoureux d’un malade mental – on en est tous passés par là. »


Mais si l’on regarde au-delà des chansons qui évoquent le personnage de Luke, l’album agit comme un baromètre de l’austérité britannique, remplie de pauvres mécontents et de jeunes aux rêves torpillés. « Four Leaf Clover » est un classique de The Kooks, parlant d’une fille qui a une « âme de catastrophe ambulante », abandonnée par un amant et qui se fraye un chemin en flirtant, à travers des nuits trempées d’alcool, jusqu’à ce moment où, « quand la nuit se termine et que les drogues sont finies, tu sens le monde devenir plus froid, tu n’as personne à enlacer ». « La négativité provient beaucoup de l’insécurité, j’essayais de parler de ça, » explique Luke, « cet instantané de vie où quelqu’un est dans la merde dans sa relation avec quelqu’un d’autre, et où ils finissent tous les deux dans leur appartement, chacun de leur côté, à prendre de la coke, malheureux. C’est assurément empreint de vérité, parce que j’ai vécu cette vie, je me suis retrouvé là, tout seul avec un énorme sac de cocaïne à me dire ‘putain, je suis pitoyable’. »


« Chicken Bone » raconte l’histoire d’un gamin vivant dans la précarité qui échappe au stress de la vie urbaine grâce à son habituel plan cul avec une « meuf branchée grosse éclate ». « Tesco Disco » est une superbe tranche de pop psychédélique qui parle de chasser l’ennui adolescent avec la drogue et les jeux vidéo. Et « Kids » est une stridente déclaration d’intention néo-grunge qui voit Luke défier la demande du monde d’être « ce que tu veux que je sois » et déclarer « the kids are not alright » [les gamins ne vont pas bien, référence à la chanson de The Who]. « Il y a une injustice pour notre génération, » dit-il, « les jeunes doivent payer l’addition. Notre génération règle la note de la génération précédente et ça me rend vraiment dingue, avec des conneries comme le Brexit, les loyers qui montent en flèche. Une grande partie de cette chanson est basée autour de ça – j’ai des potes qui s’en sortent super bien et qui n’ont pas les moyens de payer une caution. C’est un monde ridicule, un pays ridicule. »


Il y a aussi des moments où Let’s Go Sunshine prend l’auditeur à contre-pied. Quand Luke chante « J’ai été perdu, enfermé et abattu/Je ne les laisserai jamais gagner, me faire chuter à nouveau » sur « Swing Low », on pourrait supposer qu’il s’en prend à ses critiques ; en fait, « c’est pour le gamin qui se fait tyranniser ou pour l’équipe de foot qui n’arrête pas de perdre… je l’ai écrite pour Crystal Palace ». Et quand une voix inconnue, riche, à l’accent chaleureux de la campagne surgit sur « Honey Bee », on se demande quelle légende de la country The Kooks ont invitée. Mais l’histoire de cette chanson est encore bien plus touchante que ça.


« Mon père a écrit cette chanson, » révèle Luke. « Ma sœur me l’a donnée. Mon père est mort quand j’étais gamin, j’avais sa guitare et toute sa musique. Il n’a jamais eu de succès ni rien de ce genre, mais cette chanson était toujours là. Je l’ai jouée une fois en Allemagne. Je l’ai jouée en studio, juste pour m’amuser et l’ingénieur du son m’a dit, ‘ça sonne vraiment bien, je vais l’enregistrer’. Tout le monde est arrivé et a fait ‘C’est incroyable’. J’ai fait le chant, et c’est la voix de mon père qu’on entend. C’était un putain de trip, de chanter avec mon père. »


Pourtant la famille The Kooks s’agrandit ; elle remplit des stades mais reste affectivement très soudée. Et maintenant, ils ont un album classique, en or massif, à fêter, partager et reprendre en chœur. Rejoignons-les.



Mark Beaumont

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